Pénurie main-d’œuvre construction Québec : état des lieux
Le secteur de la construction québécois n’a jamais été aussi actif et pourtant, il n’a jamais manqué autant de bras. La pénurie de main-d’œuvre en construction au Québec s’est transformée en crise structurelle, avec des répercussions directes sur les délais de chantiers, les coûts de construction et la crise du logement. Voici ce que disent les données, pourquoi la situation s’aggrave et ce que l’on peut faire concrètement.
L’essentiel à retenir
- La CCQ estime qu’il faudra 80 000 nouveaux travailleurs d’ici 2029 soit environ 16 000 par an,
- En 2025, la construction était le seul secteur où les postes vacants continuaient d’augmenter au Québec,
- Le Québec accuse un déficit de 1,2 million de logements à construire d’ici 2030, amplifiant la pression sur les chantiers,
- Une nouvelle loi adoptée en mai 2024 modernise l’accès à l’industrie pour élargir le bassin de recrutement,
- Les solutions passent par la formation, l’immigration, l’inclusion et l’intégration des technologies.
Un secteur sous pression : les chiffres qui parlent
Le secteur de la construction québécois pèse lourd dans l’économie provinciale. Mais derrière les records d’activité se cache une réalité de plus en plus préoccupante : les effectifs ne suivent pas.
80 000 travailleurs manquants d’ici 2029
Selon la Commission de la construction du Québec (CCQ), le secteur aura besoin de 80 000 nouveaux travailleurs au cours des cinq prochaines années, soit environ 16 000 par an (CCQ, Perspectives professionnelles 2024-2028). Le Québec compte actuellement environ 327 200 travailleurs actifs en construction, représentant 6,8 % de l’emploi provincial et 7,2 % du PIB (Guichet Emploi, Construction QUébec 2025).
Ces chiffres illustrent l’ampleur du défi : former et recruter 16 000 personnes par an dans un contexte où les centres de formation professionnelle peinent à opérer à pleine capacité.
La construction, seul secteur en hausse des postes vacants
Le tableau du marché du travail est sans équivoque. Selon le Guichet Emplois, en 2025, la construction était le seul secteur où le nombre de postes vacants continuait d’augmenter, malgré une tendance à la baisse dans l’ensemble de l’économie. Les départs à la retraite, nombreux parmi les travailleurs expérimentés, sont difficiles à combler.
Pourquoi la pénurie s’aggrave-t-elle ?
Comprendre la crise, c’est accepter qu’elle n’est pas cyclique. Elle est structurelle, alimentée par plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement.
Le vieillissement de la main-d’œuvre et les départs à la retraite
Une part importante des travailleurs actifs approche de l’âge de la retraite. Ces départs massifs créent un vide de compétences difficile à combler rapidement, car les métiers de la construction nécessitent plusieurs années d’apprentissage sur le terrain. La CCQ souligne que remplacer un travailleur expérimenté ne se fait pas du jour au lendemain : chaque départ à la retraite emporte avec lui un savoir-faire technique précieux.
Un taux de roulement élevé : 35 % quittent après 5 ans
Le problème ne se limite pas au vieillissement. Près de 35 % des travailleurs quittent le secteur de la construction après cinq ans. La dureté physique du travail, les conditions climatiques, les horaires variables et la pression des délais expliquent en partie ce taux de roulement élevé. Retenir les talents est aussi difficile que les recruter.
La formation professionnelle peine à suivre la demande
De 2017 à 2023, près de 80 000 nouveaux salariés ont rejoint l’industrie sans aucune formation initiale selon les données de l’Association de la construction du Québec (ACQ). En parallèle, les centres de formation professionnelle n’ont formé en moyenne que 5 900 nouveaux diplômés par année au cours des 5 dernières années .Cette situation affecte directement la productivité sur les chantiers et la qualité des livrables.
La guerre des talents entre mégaprojets et PME
Les grands projets publics comme Hydro-Québec, PQI, filière de batteries aspirent les travailleurs les plus qualifiés, laissant les PME en situation de vulnérabilité. Ces dernières ne peuvent rivaliser sur les salaires ni sur les avantages sociaux offerts par les grandes entreprises ou l’État. Résultat : chaque chantier, qu’il soit résidentiel, municipal ou industriel, se retrouve en concurrence directe pour les mêmes profils
La crise du logement comme facteur aggravant
La pénurie de main-d’œuvre en construction a des répercussions directes sur la vie des Québécois, notamment sur l’accès au logement.
1,2 million de logements manquants d’ici 2030
Selon la mise à jour 2023 de la SCHL, le Québec aurait besoin de 860 000 logements supplémentaires d’ici 2030 pour retrouver un niveau d’abordabilité. En combinant ce besoin additionnel avec la hausse prévue du stock existant (+330 000), le total de logements à construire atteint 1,2 million d’unités d’ici 2030 (source : le Devoir) .
Pour atteindre cet objectif, il faudrait construire au bas mot 148 750 nouveaux logements par année, un objectif qualifié d’« ultra-ambitieux » par les économistes de la SCHL.
Ce que le gouvernement et la CCQ font pour y remédier
Face à l’urgence, des mesures législatives et réglementaires ont été mises en place. Elles ne sont pas encore suffisantes, mais elles témoignent d’une prise de conscience de l’ampleur du problème.
La Loi modernisant l’industrie de la construction (mai 2024)
Le 23 mai 2024, l’Assemblée nationale a adopté la Loi modernisant l’industrie de la construction, comprenant une quarantaine de mesures visant à moderniser la Loi R-20. Les objectifs : accroître la polyvalence de la main-d’œuvre, favoriser la mobilité régionale des travailleurs, rendre les chantiers plus inclusifs et assouplir les règles du Carnet référence construction .
Les nouvelles mesures d’accès pour les Premières Nations et la diversité
Depuis le 12 novembre 2025, une nouvelle mesure permet aux personnes issues des Premières Nations et des Inuit (PNI) ainsi qu’aux personnes représentatives de la diversité de la société québécoise d’accéder à l’industrie dès que l’état des bassins de main-d’œuvre atteint 30 % ou moins dans une région et un métier donné. Rappelons que les PNI ne représentaient jusqu’ici que 0,4 % des travailleurs de l’industrie .<
L’Alerte pénurie de la CCQ
La CCQ offre également un service d’Alerte pénurie permettant aux employeurs de recevoir par courriel l’état des bassins de main-d’œuvre par région et par métier. Cet outil permet d’anticiper les difficultés de recrutement et d’activer les certificats de compétence d’urgence lorsque le bassin disponible tombe sous les 5 %
Les solutions concrètes pour les employeurs
La pénurie de main-d’œuvre en construction ne disparaîtra pas d’elle-même. Les employeurs qui s’en sortiront le mieux sont ceux qui adaptent dès maintenant leurs stratégies RH et opérationnelles.
Miser sur la formation interne et l’alternance travail-études
Puisque les centres de formation ne suffisent pas, former en entreprise devient une nécessité stratégique. L’ACQ recommande d’intensifier le recours à l’alternance travail-études, qui permet de recruter des apprentis tout en les formant directement sur les chantiers. Cette approche réduit le délai entre formation et opérationnalité, et améliore la rétention.
Recruter en continu avec un vivier de candidats
Plutôt que de recruter en réaction à un besoin immédiat, les entreprises gagnantes construisent un vivier de candidats actif et permanent. Collaborer avec les centres de formation professionnelle, être présent dans les salons d’emploi et maintenir des relations avec les associations sectorielles sont autant de leviers à activer.
Intégrer la technologie pour optimiser la productivité
La construction modulaire, le BIM (modélisation de l’information du bâtiment) et l’automatisation de certaines tâches permettent de produire plus avec moins de bras. L’ACQ recommande au gouvernement de soutenir financièrement les entreprises qui intègrent l’IA dans leurs processus, notamment via des programmes couvrant jusqu’à 50 % des coûts admissibles .
Attirer des profils diversifiés : femmes, immigrants, Premières Nations
Les femmes représentent encore une part minoritaire des travailleurs de la construction. Le Programme d’accès à l’égalité des femmes (PAEF) de la CCQ vise à corriger ce déséquilibre depuis 2015. En parallèle, l’immigration représente un levier important pour combler les postes vacants à court terme, à condition d’accompagner les nouveaux arrivants dans la reconnaissance de leurs compétences et l’intégration sur les chantiers.
Transformer la crise en opportunité
La pénurie de main-d’œuvre dans la construction au Québec est une réalité documentée, mesurée et qui s’aggrave. Avec 80 000 travailleurs manquants d’ici 2029, un déficit de logements colossal et des mégaprojets qui mobilisent les ressources disponibles, le secteur est face à un défi de génération.
Les entreprises, les institutions et les travailleurs qui s’adapteront dès aujourd’hui seront ceux qui bâtiront le Québec de demain.
Votre chantier manque de travailleurs ? On s’en occupe.
La pénurie de main-d’œuvre ne va pas se régler seule. Team Main d’Œuvre aide les entreprises en construction à trouver les profils qualifiés dont elles ont besoin rapidement et durablement. Ne laissez pas le manque de bras ralentir vos projets !
